En choisissant la comédie grinçante et en faisant de la moquerie l’instrument de la déconfiture de Thomas, Mike Bartlett fait du public l’acolyte involontaire d’une minutieuse entreprise d'humiliation. Mais on le sait, l’humour et le sarcasme sont instruments de domination. Ils construisent et renforcent un dispositif de pouvoir. Le spectateur de Bull voyagera donc pour son plaisir dans les strates souterraines du sourire, tantôt complice des personnages, tantôt partageant le regard amer de l'auteur, peintre désabusé d’un monde impitoyable.

L’ambiance décontractée, ponctuée de séances de team-building ludiques, évoque un processus d’infantilisation doucereux, un management cool et fun. La mise en scène élargit le propos sociétal de Bartlett pour explorer les lisières du fantastique et bifurque vers un univers cauchemardesque qui permet des interprétations tantôt menaçantes et tantôt burlesques.